Soutenance Marie-Lou Reymondon – 18 décembre 2025

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Soutenance Marie-Lou Reymondon – 18 décembre 2025

Chères et chers collègues, 

J’ai le plaisir de vous annoncer ma soutenance de thèse en philosophie portant sur « Les apports épistémiques de la diversité sociale en science. Quelles conditions à la constitution et à la transmission de perspectives minoritaires ? », et réalisée sous la direction de Cédric Paternotte à Sorbonne-Université (laboratoire SND). 

Elle aura lieu le 18 décembre 2025 à 15 h, à l’Institut d’Études Slaves, 9 Rue Michelet, 75006 Paris. 

Le jury est composé de : 

Magali Bessone, Université Panthéon-Sorbonne, rapporteuse

Hélène Landemore,Yale University, examinatrice

Ryan Muldoon, University at Buffalo, examinateur

Cédric Paternotte, Sorbonne-Université, directeur de thèse

Kristina Rolin, Tampere University, examinatrice

Stéphanie Ruphy, Ecole Normale Supérieure, rapporteuse

Philippe Urfalino, CNRS, EHESS, examinateur

La soutenance est publique et ouverte à toutes et à tous.  

lien de la visio :  https://cnrs.zoom.us/j/96423944554?pwd=RCX2rcmEJhBUYU9Mn07HlLSbDlPNoe.1

ID de réunion: 964 2394 4554

Code secret: N1GDct

Pour celles et ceux qui pourront être présent·es sur place, un moment convivial autour d’un pot sera organisé au même lieu à la suite de la soutenance.

Vous trouverez ci-dessous un résumé de la thèse. 

Bien cordialement

Marie-Lou Reymondon

Résumé :

Au sein des laboratoires scientifiques où se mettent en place des projets de recherche participative, dans les universités où la sélection se veut plus inclusive, dans la recherche médicale où s’investissent des associations de patients ou dans les assemblées citoyennes qui délibèrent sur la gestion des risques, la diversité est de plus en plus promue. Ces initiatives peuvent-elles permettre de rendre la science plus objective, mais aussi épistémiquement et socialement plus juste ?

En partant de la critique d’une prétendue « vue de nulle part » objective et neutre, plusieurs approches établissent qu’une diversité cognitive est épistémiquement bénéfique. Mais comment obtenir cette diversification cognitive que l’épistémologie sociale appelle de ses vœux ? Plusieurs de ces approches promeuvent pour cela la diversification sociale de la science, présupposant un lien entre ces deux types de diversité. Mais cette promotion de la diversité sociale pose plusieurs problèmes : d’abord, le lien de causalité entre diversité sociale et diversité cognitive n’est pas si évident, et peut conduire à une forme d’essentialisation des caractéristiques sociales. Ensuite, le terme diversité ne permet pas de se rendre compte que toutes les voix ne trouvent pas une place égale dans la délibération. Il présuppose de façon implicite une forme d’uniformité dans l’accès à l’espace (puisque cet espace est diversifié), sans rendre compte des rapports de pouvoir qui s’établissent au sein de cet espace diversifié. Des conditions supplémentaires sont donc requises pour que cette diversification sociale permette effectivement la constitution d’une diversité cognitive propice à l’objectivité scientifique. 

Pour rendre compte des rapports de pouvoir que le terme « diversité » occulte, il m’a fallu faire un pas de côté pour ne plus considérer la diversité comme un fait déjà établi, mais plutôt comme quelque chose qui s’institue. Or, diversifier l’espace scientifique, ce n’est rien d’autre que faire entrer dans la science les minorités dominées socialement, marginalisées ou exclues du domaine scientifique. Une large partie de ma thèse consiste donc à articuler deux concepts centraux de l’épistémologie critique, celui d’injustice épistémique et celui de privilège épistémique minoritaire. En effet, ce sont les profils minorisés qui sont supposés augmenter la diversité des perspectives et donc l’objectivité sociale de la science (au sens de Longino), mais ce sont ces mêmes profils dont les voix sont les moins audibles. Ce qui est donc en jeu dans la promotion de la diversité, c’est la possibilité de véritablement faire entendre la voix de ces minorités, et pas seulement d’acter leur présence. Je m’appuie notamment sur une enquête empirique que j’ai menée au sein d’un laboratoire de mathématiques de l’Université d’Édimbourg sur les apports épistémiques des femmes et minorités de genre et sur les injustices épistémiques qu’elles rencontrent dans leur carrière universitaire. 

Ce privilège épistémique minoritaire peut-il véritablement donner lieu à de nouvelles perspectives fructueuses pour la science étant donné les injustices épistémiques ? Je pose des conditions à la constitution et à la transmission des savoirs minoritaires en conceptualisant trois figures qui sont autant de chemins complémentaires et nécessaires : la figure alliée, la figure transfrontalière et la figure du groupe en non-mixité minoritaire. Cette dernière figure permet d’interroger à nouveaux frais la question de la diversité : celle-ci doit-elle s’articuler avec une certaine homogénéité ? La diversité doit davantage se penser à l’échelle intercommunautaire et une homogénéité intra-communautaire permet dans certains cas d’augmenter la finesse de la diversité, en permettant des désaccords plus nuancés. Enfin, la pratique temporaire de la non-mixité peut améliorer les pratiques délibératives mixtes en renforçant la capacité des minorités à y défendre leurs perspectives.

Epistemic benefits and drawbacks of social diversity in Science

Abstract :

In scientific laboratories, where participatory research projects are set up, in universities, where selection is intended to be more inclusive, in medical research, where patient associations are getting involved, or in citizens’ forums deliberating on risk management, diversity in science is increasingly promoted, although it has recently come under attack from US government policies. Does the social diversification of science, the inclusion of more minority profiles, and the promotion of participatory research make science not only more objective but also epistemically and socially fairer ?

Based on the critique of a science that claims to adopt an objective and neutral “view from nowhere”, several approaches establish that cognitive diversity is epistemically beneficial to science. How can we achieve the cognitive diversification that social epistemology calls for? Many of these approaches promote the social diversification of science, presupposing a link between social diversity on the one hand and cognitive diversity on the other. But this promotion of social diversity raises several issues: firstly, the causal link between social diversity and cognitive diversity is not that obvious, and can lead to a form of essentialization of social characteristics. Secondly, the term ‘diversity’ overlooks the fact that not all voices find an equal place in deliberation. It implicitly presupposes a form of equality in access to space (since this space is diversified), without taking into account the power dynamics at play within this diversified space. For these reasons, additional conditions are required to ensure that this social diversification of science actually enables a cognitive diversity that promotes scientific objectivity. In order to account for the power relations that the term ‘diversity’ obscures, I had to take a step back and no longer consider diversity as a fact that has already been established, but rather as something that is being instituted. Diversifying the scientific field is nothing other than bringing into science minorities who are socially dominated, marginalized or excluded from the scientific domain. For this reason, a large part of my thesis consists of articulating two concepts central to critical epistemology, epistemic injustice and minority epistemic privilege. Indeed, it is minority individuals who are supposed to increase the diversity of perspectives and thus the social objectivity of science (in Longino’s sense), but it is these very profiles whose voices are the least audible. What is at stake in the promotion of diversity, then, is the possibility of genuinely making these minorities’ voices heard, and not merely acknowledging their presence. I draw on a field study I conducted in a mathematics laboratory at the University of Edinburgh to investigate the epistemic contributions of women and gender minorities, and the epistemic injustices they encounter in their academic careers. Can this minority epistemic privilege really give rise to fruitful new perspectives for science, given the epistemic injustices that prevent the constitution and transmission of minority knowledge? I propose to set conditions for the existence of such a constitution and transmission of minority knowledge. To this end, I suggest the existence of three figures who are complementary and necessary paths for such minority knowledge to be constituted and transmitted: the ally figure, the trans-border figure and the non-mixed group figure. The latter allows us to take a fresh look at the question of diversity: should it be combined with a certain level of homogeneity? Diversity needs to be considered at an inter-community level, and that intra-community homogeneity can in some cases increase the finesse of diversity, since it allows for more nuanced disagreement. Finally, temporary non-mixed practices can improve mixed deliberative practices by strengthening the capacity of minorities to defend their perspectives